C’est une autre façon d’aborder la roche. Tu ne la façonnes pas à ta guise ; c’est à toi de t’y adapter. C’est une démarche plus juste, mais aussi plus exigeante. Pourtant, il n’y a rien de plus gratifiant que de jeter un regard en arrière et de ne voir que de légères traces de magnésie, plutôt que des dégaines ou des spits qui pendent. La plupart du temps, après une bonne pluie, on ne saurait même pas dire si quelqu’un a déjà grimpé ce bout de paroi. C’est justement ce mélange qui me pousse vers l’escalade traditionnelle.
J’ai eu beaucoup de chance, au début, qu’un ami me montre la ligne qui allait devenir Tribe. Même si je ne m’en rendais pas compte sur le moment, c’était exactement ce que je cherchais : une voie esthétique, exigeante, protégée juste ce qu’il faut par du bon matériel pour que ce soit sécuritaire. Quand j’ai commencé à l’essayer, j’avais encore peu d’expérience en escalade trad. Je me souviens d’avoir simplement joué dessus, sans trop savoir ce que je faisais. Je trouvais ça extrêmement risqué et je croyais qu’il faudrait que je la répète à la perfection avant de me lancer, parce que tomber n’était pas une option. Avec le temps, et après avoir pris de l’expérience sur d’autres lignes historiques, j’ai compris que c’était tout le contraire. Le matos tenait bien. Certaines chutes auraient pu être longues, mais dans l’ensemble, c’était sécuritaire.
Ce projet est devenu le reflet de mon évolution comme grimpeur trad. Saison après saison, pendant six ans, je voyais mes progrès—pas seulement sur cette voie, mais surtout dans ma pratique de l’escalade traditionnelle en général. Avec du recul, c’était un parcours incroyable qui m’a beaucoup appris, mais qui a aussi laissé un petit vide, car il sera difficile de revivre quelque chose d’aussi marquant.
Pour en savoir plus sur l’avenir de l’escalade trad de pointe, découvre cet essai inspirant rédigé par Jacopo lui-même.
LA TRIBU GRANDISSANTE DU TRAD
Par Jacopo Larcher
C’est une autre façon d’aborder la ressource qu’est la roche. Tu ne la façonnes pas à ta guise ; c’est à toi de t’y adapter. C’est une approche plus juste, et une quête bien plus exigeante. Mais franchement, c’est tellement gratifiant de jeter un coup d’œil en arrière et de ne voir que quelques traces de magnésie, au lieu de dégaines qui pendent ou de spits. La plupart du temps, après une bonne pluie, tu ne pourrais même pas dire si quelqu’un a déjà grimpé ce bout de caillou. C’est exactement ce mélange qui m’attire dans le trad.
J’ai eu beaucoup de chance, au début, qu’un ami me montre la ligne qui allait devenir Tribe. Même si je ne m’en rendais pas compte sur le moment, c’était exactement ce que je cherchais : une ligne esthétique, engagée, protégée juste ce qu’il faut par du bon matos pour que ce soit safe. Quand j’ai commencé à l’essayer, j’avais encore très peu d’expérience en trad. Je me souviens d’avoir juste joué dessus, sans vraiment savoir ce que je faisais. Je trouvais ça hyper dangereux et je pensais qu’il faudrait que je la répète à la perfection avant de tenter le vrai essai, parce que tomber n’était pas une option. Avec le temps, et après avoir pris de l’expérience sur d’autres lignes historiques, j’ai compris que c’était tout le contraire. Le matos était bon. Certaines chutes auraient pu être longues, mais dans l’ensemble, c’était safe.
Ce projet est devenu le reflet de mon évolution comme grimpeur trad. Saison après saison, pendant six ans, je voyais mes progrès—pas seulement sur cette voie, mais surtout dans ma pratique du trad en général. Avec du recul, c’était un processus incroyable qui m’a énormément appris, mais qui a aussi laissé un petit vide, parce que ça va être difficile de revivre quelque chose d’aussi fort.
Après Tribe, ma quête de la prochaine ligne trad de rêve ne s’est pas arrêtée, mais j’ai compris à quel point c’est rare—et à quel point j’ai eu de la chance—de trouver une voie aussi physique et qui reste protégeable.
De plus en plus de grimpeurs repoussent les limites, et c’est incroyablement inspirant et motivant pour moi de voir le talent et le niveau de la jeune génération qui fait avancer les choses. Quand j’ai commencé l’escalade, le trad était surtout pratiqué par des grimpeurs « plus âgés », et c’est impressionnant de voir à quel point la scène trad s’est rajeunie. C’est une base essentielle pour l’avenir de notre sport.
Pour moi, Connor en est le meilleur exemple. J’ai eu la chance de partager quelques sorties avec lui ces dernières années et d’assister à sa progression fulgurante, aussi rapide que raide. Le voir grimper—surtout sur coinceurs—me sidère à chaque fois. La facilité avec laquelle il pose son matériel, et la manière dont l’escalade en fissure semble naturelle et fluide pour lui, c’est tout simplement incroyable. Difficile de croire qu’il n’est qu’au début de sa carrière, vu tout ce qu’il a déjà accompli, mais vu son âge, c’est bien le cas. J’ai vraiment hâte de voir jusqu’où lui—et les autres jeunes grimpeurs—vont porter notre sport dans les prochaines années. Ils ont clairement le talent et la motivation pour repousser les frontières.
La question, c’est : quel chemin vont-ils choisir? Trouver des voies vraiment extrêmes sur le plan physique va devenir de plus en plus difficile. C’est déjà rare de dénicher une voie sportive en 9c—et encore plus une qui accepte le matériel et reste sécuritaire. Peut-être que les grandes voies trad difficiles et sûres verront plus d’ascensions à vue ou flash à l’avenir, mais il sera de plus en plus ardu d’en découvrir de nouvelles.
L’autre voie possible, c’est de se concentrer sur des itinéraires plus dangereux mais physiquement plus accessibles, qui sont aussi plus faciles à repérer. C’est l’autre extrémité du spectre de l’escalade traditionnelle, un terrain qui n’a pas été autant exploré ces dernières années. Autrefois, des grimpeurs de niveau 8b ouvraient des voies mortelles cotées 8a, mais aucun grimpeur de 9b n’a encore établi de véritables lignes 9a à haut risque. La plupart des dernières voies extrêmes en escalade traditionnelle ont mis l’accent sur la difficulté technique, tout en limitant le danger, à quelques exceptions près. C’est peut-être une autre direction pour l’avenir de l’escalade trad difficile—une voie plus audacieuse, avec un potentiel immense, mais aussi des conséquences plus lourdes.
Pour ma part, je peux simplement dire que cette énergie “fraîche” et jeune dans l’escalade traditionnelle a été un vrai cadeau. Grimper avec Connor, par exemple, m’a encore plus motivé à me dépasser et à continuer ma quête de la ligne rêvée.
⎯Jacopo Larcher
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